Le Safran et ses légendes au fil du temps.

Des légendes grecques anciennes décrivent des marins sans peur embarquant pour des voyages longs et périlleux dans les terres éloignées de Cilicie, d'où ils pensaient pouvoir ramener ce qu'ils considéraient comme étant le safran le plus précieux du monde. La légende la plus connue sur le safran est celle décrivant l'histoire de Crocus et Smilax : Crocus, jeune et bel homme, suit la nymphe Smilax dans les bois près d'Athènes. Durant leur courte période d'amour idyllique, Smilax est sous le charme de ses avances, puis commence à se lasser de ses attentions. Comme Crocus insiste malgré ses réticences, elle en vient à l'ensorceler, transformant le jeune Crocus en fleur de safran, ses stigmates orange flamboyant symbolisant sa passion immortelle pour Smilax.

Dans cette période gréco-romaine, grâce aux Phénitiens le commerce du safran est largement répandu parmi les Méditerranéens. Leurs clients vont des parfumeurs de Rosette en Égypte, aux médecins de Gaza, en passant par les habitants de Rhodes qui portaient des petits sacs de safran pour masquer la présence de concitoyens malodorants lors de sorties au théâtre. Pour les Grecs, le safran est souvent associé aux courtisanes professionnelles et domestiques connues sous le nom d’hétaïres. De plus, de grandes teintureries de Sidon et Tyr utilisent des bains de safran comme ersatz. Là-bas, les robes royales sont trempées trois fois dans des teintures en pourpre foncé ; pour les robes des prétendants et roturiers, les deux derniers bains sont en fait à base de safran, ce qui éclaircit la teinte pourpre.

À la fin de l'Égypte ptolémaïque, Cléopâtre verse un quart de tasse de safran dans ses bains chauds pour bénéficier de ses propriétés cosmétiques et de ses qualités de colorant. Elle l'utilise aussi avant de https://genericdrugcenter.com/buy-levitra-online des hommes, croyant en ses vertus aphrodisiaques1

Dans la culture Perse, des pigments de safran ont été retrouvés dans les peintures préhistoriques servant au dessin d'animaux sauvages dans de l'art rupestre âgé de 50 000 ans découvert dans l'Irak d'aujourd'hui. Plus récemment, les Sumériens ont employé le safran comme ingrédient dans leurs remèdes et potions magiques. Ils ne cultivent pas de safran et préfèrent le récolter sur des fleurs sauvages, considérant que seule l'intervention divine octroie les propriétés médicinales du safran27. De tels témoignages corroborent le fait que le safran a été en usage bien avant l'apogée de sa culture en Crète durant le II è millénaire avant J.C. Le safran est également loué depuis 3 000 ans dans le Tanakh hébraïque pour son parfum suave :

Dans la culture Indienne et Chinoise, d'un autre côté, des légendes traditionnelles racontent que le safran est arrivé la première fois entre le XIe et le XIIe siècle ap. J.-C., avec deux ascètes soufis étrangers et nomades, Khwaja Masood Wali et Hazrat Sheikh Sharifuddin, qui voyageaient à travers le Cachemire. Tombés malades, ces étrangers ont quémandé des soins auprès du chef d'une tribu locale. En remerciement et récompense pour l'aide de ce chef, ils lui auraient alors offert des bulbes de fleurs de safran. Depuis ce jour, on adresse à ces deux saints des prières reconnaissantes lors de la saison de récolte du safran à la fin de l'automne. Une chapelle et un tombeau en or leur sont consacrés à Pampore, village indien célèbre pour ses champs de safran. Toutefois, le poète et érudit cachemire Mohammed Yusuf Teng conteste cela. Pour lui, cela fait plus de deux millénaires que le safran est cultivé au Cachemire. On ferait mention de ces anciennes cultures indigènes dans des épopées tantriques cachemires de cette époque D'anciens récits bouddhiques chinois de l'ordre monastique exposent une toute autre histoire de l'introduction du safran en Inde. Selon la légende, l'apôtre bouddhiste indien arhat a été envoyé au Cachemire au Ve siècle avant J.C. À son arrivée, il aurait semé les premiers plants de safran de Cachemire. Depuis lors, l'usage du safran s'est répandu à travers le sous-continent indien. En plus de son emploi en cuisine, les stigmates de safran sont également trempés dans de l'eau pour produire une solution dorée utilisée comme teinture textile. Le succès de cette teinture est tel qu'immédiatement après la mort du Bouddha Siddharta Gautama, ses moines gardiens ont décrété que le safran serait la couleur officielle des robes et rideaux bouddhiques.

Dans la culture Européenne La culture du safran en Europe a rapidement décliné à la suite de la chute de l’Empire Romain. Pendant plusieurs siècles, cette culture se fait rare voire inexistante à travers toute l'Europe. Cette tendance s'inverse quand la civilisation Maure s'étend en Afrique du Nord pour s'établir dans la péninsule ibérique, dans une partie de la France et dans le sud de l'Italie. Les Maures auraient réintroduit des cormes de safran dans la région poitevine après leur défaite contre Charles Martel lors de la bataille de Poitiers de 732. Deux siècles après leur conquête de l'Espagne, les Maures ont planté du safran dans les provinces du sud d'Andalousie, de Castille, de la Manche, et de Valence. De nombreuses provinces françaises s'adonnèrent la culture du safran, notamment l'Orléanais en concurrence avec le Vaucluse et l'Angoumois. La cueillette du safran, besogne délicate et minutieuse, revenait aux enfants et aux femmes. La première ordonnance régulant le commerce du safran français, est rendue à Blois le 18 mars 1550. Le Livre du Safran, publié à Poitiers en 1568, mentionne que les allemands achètent chaque automne du safran en Charente pour une valeur de cent mille livres tournoi. En 1698 un édit de Louis XIV en autorise la récolte. Une lettre patente du roi en date de 1772 indique que des inspecteurs du safran seront nommés dans quinze villes françaises, avec entre autres Rouen, Orléans, Pithiviers, Dijon, Avignon, Albi, Cahors, Angoulême et Pont-Saint-Esprit. Une lettre du préfet du Vaucluse en 1808mentionne "la supériorité du safran à la mode d'orange pour la région de Carpentras. Ce n'est que vers 1850 que le Gâtinais prendra le dessus. Les champs de safran disparaîtront totalement en France après la Première Guerre mondiale. Quand la Peste noire ravage l'Europe entre 1347 et 1350, la demande pour le safran et sa culture explose. Il est convoité par les victimes de la peste pour ses propriétés médicinales, mais la plupart des fermiers européens capables de le faire pousser ont été emportés par la maladie, d'où l'arrivée de grandes quantités de safran provenant de terres extra-européennes39. Néanmoins, les fils de safran de première qualité des terres musulmanes ne partent jamais pour l'Europe, conséquence des conflits qui éclatent avec le début des Croisades. Des importations qui venaient d'endroits tels que Rhodes ont fourni l'Europe centrale et du nord. Attaque sur Falkenstein, par le peintre d'histoire Karl Jauslin Le précieux safran devient l'un des points de friction dans les conflits qui ont éclaté entre la noblesse et une bourgeoisie en plein essor, comme le Conflit du safran de 1374. À la suite du piratage d'une cargaison de 360 kg de safran par des nobles n'ayant pas été récompensés pour une aide qu'ils avaient fournie generic drug center, le château de Falkenstein ( dans le canton de Soleure, Suisse), où ils se réfugient, subit un siège de quatorze jours à la suite duquel les nobles capitulent, récoltent une forte amende et où les mercenaires les ayant aidés finissent tous décapités. Ce fret de safran, pour la ville de Bâle, serait évalué aujourd'hui à plus de (à 30 000 €/kg), son coût dépasse en réalité les 10 M. d'euros mais servira à dédommager l'effort de guerre, les marchands à qui il était destiné ne recevant finalement que le faible reliquat. Le commerce du safran au XIVe siècle est le sujet de convoitise, piratage et vol massifs. Les pirates sillonnant les eaux méditerranéennes se détournaient des chargements d'or, leur préférant le safran vénitien et génois en route pour l'Europe. Les Bâlois, conscients de ce problème de piratage, ont par conséquent commencé à développer la culture du safran localement en plantant leurs propres cormes. Après plusieurs années de récoltes de safran abondantes et lucratives, Bâle est devenu très prospère par rapport aux autres villes européennes. Bâle essaie alors de protéger son statut en rendant hors-la-loi l'exportation de cormes en dehors des limites de la ville ; des gardes sont postés pour empêcher les voleurs de cueillir les fleurs ou déterrer les cormes. Malgré toutes ces précautions, pour des raisons mal connues après une dizaine d'années, la culture du safran dépérit, ce qui pousse la ville de Bâle à l'abandonner.